article pris sur le site internet www.romanduvin.ch, 3 juin 2006


Créer un pôle dédié au grand cépage lémanique à l’image des centres français consacrés au Pinot Noir ou aux plants régionaux alsaciens. L’idée trottait dans la tête de Louis-Philippe Bovard depuis pas mal de temps. Ses voyages dans les pays voisins lui avaient permis de sa familiariser avec les conservatoires mis en place par les régions viticoles. Destinés à inventorier ainsi qu’à sauvegarder le patrimoine génétique d’une variété, ces instituts offrent aussi une plate-forme de recherche aux professionnels. De plus, ils constituent des vitrines promotionnelles très appréciées des consommateurs.

Le concept défini, il fallait un élément déclencheur. Ce sera le Prix du Patrimoine Vaudois, un concours organisé par les Retraites Populaires à l’occasion de leur centenaire. Ayant pour thématique le Chasselas Vaudois, l’édition 2008 offrait une somme de 30'000 francs à un projet novateur, durable, original, accessible à un large public et mettant en valeur l’aspect patrimonial du cépage. Le Conservatoire du Chasselas imaginé par notre vigneron s’appuie sur des partenariats étroits avec l’Agroscope de Changins et l’Office cantonal de la viticulture. Son ambition de «réunir un large éventail des différentes variétés de Chasselas existantes de par le monde et de l’exploiter à des fins professionnelles, promotionnelles et touristiques» ne pouvait que plaire au comité de sélection qui l’a distingué parmi une dizaine de concurrents.

Connaître son passé pour préparer l’avenir
Situé sur la commune de Rivaz, à faible distance du futur espace oenotouristique des Moulins de Rivaz, le conservatoire se compose d’une parcelle de 3000 mètres divisée en deux entités distinctes. La collection ampélographique recensera une vingtaine de variétés représentées par une quinzaine de ceps. Ceux-ci permettront aux visiteurs de se rendre compte de la diversité existante en termes de feuillage, de couleur ou de forme de la grappe. Quant aux raisins produits, ils donneront naissance à une «Cuvée du Conservatoire».
La plus grande partie du terrain à disposition sera toutefois réservé à cinq types de Chasselas ayant joué un rôle important dans le développement du vignoble vaudois. Trois cents pieds de chaque plant-Fendant Roux, Vert de la Côte, Giclet, Blanchette et Bois Rouges- formeront cinq lots cultivés et vinifiés séparément. L’objectif principal étant de pouvoir comparer ces différents plants, leur adéquation avec le sol ainsi que leur qualité comme raisin de cuve. Dans un deuxième temps, Louis-Philippe Bovard espère démontrer aux professionnels que certaines variétés anciennes pourraient jouer un rôle important dans le vignoble de demain.

1956, l’année de la grande catastrophe
En filigrane du projet de conservatoire se dessine la volonté d’élever le niveau de reconnaissance du Chasselas en tant que cépage afin de lui redonner une reconnaissance internationale. Redonner, car le vigneron de Cully en est persuadé, la réputation de notre variété était autrefois bien établie.
Un événement climatique a tout bouleversé : le gel de 1956. Les températures polaires qui caractérisent cet hiver dévastateur affectèrent toute l’Europe et anéantirent de nombreuses cultures. Dans le canton de Vaud, la quasi-totalité du vignoble fut touchée. Lors de la reconstitution, qui s’étale sur 5 ou 6 ans, les vignerons ont délaissé les variétés traditionnelles et planté de nouvelles sélections plus généreuses et plus résistantes. Conséquence: leur niveau de vie s’améliore. Malheureusement, au détriment de la qualité des vins produits ainsi que de la réputation du Chasselas.

Aujourd’hui, la notion de qualité a repris le pas sur celle de quantité. Les techniques de vinification se sont améliorées. Louis-Philippe Bovard estime même que «le maximum est fait à la cave, mais on peut encore progresser à la vigne, là où se font les grands vins.» Les essais réalisés au futur conservatoire de Rivaz permettront de tester le potentiel œnologique de plants qui n’existent plus à l’heure actuel que sous forme de matériel végétal. Pour les premières dégustations, rendez-vous en 2014. Mais le succès des vieilles variétés vaudoises redécouvertes comme le Plant Robert ou le Servagnin de Morges laisse augurer d’intéressants résultats.

Le Chasselas se livre en primeur
En parallèle du concours «Prix du Patrimoine Vaudois», les Retraites Populaires ont développé un partenariat avec les Editions Favre débouchant sur la création d’une collection dédiée aux icônes identitaires cantonales. Premier ouvrage de cette série, Le Chasselas rend hommage au roi des cépages romands en compilant aspects patrimoniaux, culturels, historiques et œnologiques. Rédigé par Claude Quartier, ancien rédacteur en chef de l’Agri, et mis en page par Oscar Ribes, créateur de la marque Vins Vaudois, cette monographie a pour but, selon son auteur, de "de redécouvrir le Chasselas tel qu'il fut et tel qu'il est". Composé d’une centaine de textes indépendants détaillant l’histoire, l’actualité, la vinification ou la commercialisation du cépage, Le Chasselas tourne un regard bienveillant sur l'histoire d'amour entre les consommateurs vaudois et leur vin favori.

Cet article est paru dans le numéro 34 (printemps/été 2009) de Le Guillon La revue du vin vaudois


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